Henri Jules Ferdinand BELLERY-DESFONTAINES (1867-1910)
Ecole Française XIX-XXes siècles
Portrait du Docteur Maurice Cazin, 1896
Huile sur toile
40.5 x 21 cm
Signée, datée et dédicacée en bas à droite
Cadre original en noyer dessiné par l’artiste
Artiste complet : peintre, dessinateur, ornemaniste, décorateur, Bellery-Desfontaines de part sa courte carrière reste l’un des artistes les plus méconnus du tournant du siècle. Son œuvre imprégnée de symbolisme et du retour à la nature n’a d’équivalent à cette époque que dans la Vienne de la Sécession.
En attendant de nous le faire redécouvrir par un futur livre, Xavier Chardeau, son biographe, nous a fait l’amitié de rédiger cette notice sur notre tableau.
Henri Bellery-Desfontaines est né à Paris le 20 mars 1867. Après avoir suivi les cours de Pierre-Victor Galland, il entre en 1890 dans l'atelier de Jean-Paul Laurens à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris où il apprend la peinture. Il devient rapidement le perspecteur du maître, c'est-à-dire qu'il est chargé de tracer la perspective et la composition générale des peintures décoratives, notamment celles du Salon Lobau à l'Hôtel de Ville de Paris, entièrement réalisées par Laurens.
A la même époque, les internes en médecine de l'hôpital de la Charité commandent à Bellery-Desfontaines, ainsi qu'à trois autres élèves de l'atelier Jean-Paul Laurens, des peintures afin de décorer leur nouvelle salle de garde. L'ancienne salle, qui était devenue trop petite, avait été décorée en 1859 par des artistes tels que Corot, Harpignies ou Gustave Doré. Les murs étaient entièrement remplis de portraits, de scènes champêtres ou mythologiques, et ornés de végétaux et d'arabesques. La nouvelle génération d'étudiants, jaloux de cette décoration, a voulu à son tour faire intervenir des artistes dans une salle qui leur servait en même temps de vestiaire, de salle à manger, de salle de repos et de réunion.
La genèse de cette commande n'est pas encore très bien établie, mais il semble que ce soit à l'origine une simple entente de voisinage entre les jeunes internes de l'hôpital de la Charité, rue des Saints-Pères, aujourd'hui remplacé par l'actuelle école de médecine, et les étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts, quai Malaquais. Entre 1891 et 1892, chaque artiste réalise, sur le thème de la médecine, une toile en forme d'hémicycle afin de correspondre à l'architecture voûtée de la salle. Bellery-Desfontaines choisit de représenter la Contre-visite de l'interne (Conservé au Musée de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, inv. n° AP 1823) , qui était à la fin du XIXe siècle une pratique médicale courante destinée à donner davantage de responsabilités à l'étudiant en médecine.
Bellery-Desfontaines semble s'être très bien entendu avec les jeunes médecins de l'hôpital de la Charité qui ont visiblement apprécié son coup de pinceau, car l'artiste a ensuite réalisé d'autres peintures, mais cette fois-ci directement sur les murs de la salle. Il a d'abord représenté très sérieusement les portraits des chefs de service dans des médaillons, mais il a surtout peint sur les casiers en bois des vestiaires les caricatures de chaque interne. Ces dessins comportent un vrai sens humoristique, chacun d'entre eux étant composé en fonction des caractéristiques des jeunes médecins ; la plupart sont même accompagnés d'une petite maxime pleine d'esprit sur la personnalité du modèle. Cette série de "portraits-charges" s'étend de 1892 à 1900 environ.
C'est à cette époque que Bellery-Desfontaines réalise la peinture présentée ici. Il s'agit d'un portrait du docteur Maurice Cazin, de profil, en habit de médecin, dans la cour de l'hôpital de la Charité, détruit en 1935. Ce médecin, qui était à l'époque interne, avait été caricaturé quelques années plus tôt par l'artiste sur un panneau en bois placé sur un trumeau, le long d’une porte, avec un corps volontairement déformé en longueur, sans doute à cause de la silhouette du modèle. Le dessin était accompagné de la phrase : "Cazin, long comme un jour sans pain" . Le docteur Cazin et Bellery-Desfontaines continuent à collaborer par la suite, l'artiste réalisera entre autres la marque de la maison de santé dirigée par le médecin quelques années plus tard.
C'est dans ce contexte que Bellery-Desfontaines s'introduit progressivement dans le milieu médical, et se constitue une importante clientèle. Certains médecins, qui resteront ses principaux commanditaires, deviendront même des amis proches, parfois de véritables mécènes.
En sortant de l'Ecole des Beaux-Arts en 1895, peut-être pour des raisons financières, Bellery-Desfontaines réalise de nombreuses illustrations de livres de bibliophilie écrits par de grands auteurs, comme Anatole France ou Ernest Renan, et collabore à plusieurs revues artistiques et littéraires en publiant des lithographies. Il se spécialise aussi progressivement dans les arts décoratifs. Il dessine des affiches, des publicités pour des marques automobiles ou d'alcool, des invitations et des menus pour des soirées, mais aussi des actions et des obligations, des billets de banque, etc.
Mais c'est surtout grâce à ses amis médecins qu'il réalise ses premiers meubles. Ce sont en effet de riches amateurs d'art qui aiment profondément le travail de l'artiste. En 1900, le docteur Tissier lui commande un intérieur complet de salon que Bellery-Desfontaines présente lors de l'Exposition Universelle de Paris. Par la suite, il dessinera de plus en plus de mobilier, des chambres à coucher, des salons, des salles à manger, tout en continuant en parallèle sa peinture et ses illustrations.
Bellery-Desfontaines décède prématurément le 7 octobre 1909 des suites d'une fièvre typhoïde contractée en mangeant des huîtres aux Petites-Dalles, en Normandie. Il laisse de nombreux projets inachevés. Le milieu médical a été déterminant dans la carrière de l'artiste, tant sur le plan professionnel que personnel.
Xavier Chardeau