GRIMAUD Arthur


 

Arthur GRIMAUD (Saint-Louis de La Réunion,1784-Saint-Paul de La Réunion, 1869)
Ecole française XIXe siècle

Portrait d’un colon sur l’île Bourbon, 1848
Huile sur toile
62 x 51 cm
Signée, datée, et localisée en bas à droite


Fils de François Grimaud, capitaine des volontaires de Bourbon et chevalier de l’Ordre Royal, Arthur Grimaud passe une grande partie de sa vie sur l’Ile Bourbon, avant de rejoindre l’Europe où il participe aux expositions universelles à Paris en 1855 et 1867 et à Londres en 1862, obtenant médailles d’or et mentions honorables. A l’exposition coloniale de 1931, certaines de ses oeuvres sont exposées.
Le dix-huitième siècle est le siècle de la grande prospérité liée au commerce des épices et surtout du café, puisque, administrée par La Compagnie des Indes, l’Ile Bourbon devient la principale escale avant l’Inde. L’Ile se fragilise ensuite au gré des changements politiques liées en France à la Révolution (pénurie alimentaire) puis à L’Empire et enfin à l’occupation des Britanniques (1810-1815) mais aussi à cause de son refus d’abolir l’esclavage qui l’isole du reste des colonies et enfin en raison de catastrophes climatiques exceptionnelles (1807) et des épidémies (le choléra en 1820).
Daté de 1848, notre tableau s’inscrit dans ce contexte délicat pour les grands propriétaires. Cette année voit l’abolition de l’esclavage (le 20 décembre) et la proclamation de la République (le 9 juin), l’Ile Bourbon reprenant alors le nom de Ile de la Réunion. Localisée par le peintre sur l’Ile Bourbon, notre tableau a été vraisemblablement conçu avant ces grandes révolutions politique et sociale.

Premier peintre de l’Ile Bourbon, Grimaud est tout d’abord le portraitiste de la société européenne implantée sur l’Ile comme en témoignent les nombreux tableaux qui lui sont attribués au musée Dierx de Saint-Denis de la Réunion. Mais c’est dans la nature morte et le paysage qu’il excelle. En témoigne notre tableau, vestige d’un temps révolu qui veut nous faire croire à la richesse des planteurs : le tableau, construit de façon bipartite autour du pilier de la pergola, opposant la civilisation à droite incarnée par l’Européen et la nature sauvage et paradisiaque à gauche, illustre bien le pouvoir du colon par la présence d’accessoires traditionnels. Les livres indiquent le savoir du portraituré tandis que les fruits montrent sa vocation de planteur et sa maîtrise de la nature. Le rideau soulevé par le vent révèle l’île, la mer et les palmiers royaux. La nature morte aux fruits, à droite, est à mettre en relation avec l’exceptionnel tableau conservé au Musée Dierx représentant un Goyavier (Etude de Goyavier, 90 x 80 cm, n° inv. : RMN169192)
Le soin et la grande précision apportés par le peintre aux accessoires, aux fruits, aux fleurs et à l’environnement montrent bien le souci de rendre un portrait idéalisé, voire d’apparat, à une époque où les splendeurs des grands propriétaires semblent définitivement révolues et le paradis, perdu.