LEGUAY Marc


 

Marc LEGUAY (1910-2001)
Ecole Française XXe siècle

Les tisseuses
Huile sur panneau
130 x 130 cm
Signée en bas à gauche

 

Marcel-Louis Leguay est né en 1910 à Charleville (Ardennes). En 1921, sans parents ni famille, il est adopté par la nation.
En 1927, ne supportant pas la monotonie, il démissionne de son emploi de secrétaire à l'état civil à la mairie d'Evreux et part sur les routes de France, des pays d'Europe méridionale et d'Afrique du Nord, sa boîte de couleurs et son carton à dessins à la main. En 1931, il se fixe à Perpignan. Il se lie d'amitié avec certains artistes locaux, le poète Albert Bausil, le sculpteur Gustave Violet. Allant souvent en Espagne, il fait la connaissance de Salvator Dali, déjà connu et de Esteban Vicente, encore inconnu.
En 1936, invité par le gouvernement de Cochinchine, Marc Leguay se rend en Indochine. En 1937, il décide de ne pas prendre le bateau destiné à le ramener à la Métropole. Il s'arrête dans le village de Ban Sala situé sur l'île de Som, aux confins du Laos. Il y trouve un havre, une atmosphère propice à son inspiration. Il décide par conséquent de s'y installer.
Marc Leguay est fait prisonnier par les japonnais en 1945. Il doit la vie sauve à quelques toiles emportées dans ses affaires que ses geôliers découvrirent.
En 1947, persuadé par ses amis laotiens, Marc Leguay déménage son école d'arts appliqués de Khong à Vientiane. Il est cependant obligé rapidement de fermer, manque d'argent. Il est alors recruté comme professeur de dessin au lycée de Vientiane. Il l'exercera pendant vingt-huit années.
En 1951, il entame une collaboration avec l'administration des postes lao, réalisant le dessin de nombreuses séries de timbres. Cette collaboration durera pendant plus de deux décennies.
A partir de 1965, commence une période extrêmement féconde. En 1967, Marc Leguay achève la réalisation d'un important panneau destiné à décorer le stand du Laos à la première exposition nationale de timbres-poste de l'Etat cinghalais.
En 1976, il quitte le Laos comme pratiquement tous les occidentaux. Lui et sa compagne trouvent refuge dans la maison qu'ils avaient fait construire dans le village natal de celle-ci en Thaïlande.
Il décède à Bane Kok Nong Seng en Thaïlande en 2001.

LE PEINTRE DU LAOS
Depuis qu'il est installé sur l'île Khong, aux confins du Laos, Marc Leguay ne cesse de penser à peindre avec le désir et la volonté d'accorder et d'unir sa peinture à cette nature si bienveillante qui l'a conquis, dans l'espoir de pouvoir saisir à travers lui, l'atmosphère et l'âme du pays. Une atmosphère de paix, de douceur et de sérénité.
Nombre de ces tableaux sont partiellement ou totalement l'oeuvre de son imagination. Il reste néanmoins toujours fidèle au motif du paysage et à sa représentation d'après nature.
Vers 1946, il oriente sa peinture dans une nouvelle direction: la représentation de la vie quotidienne. Non pas en exposant tous ses faits à la manière de l'ethnologue, mais en dégageant son essence à travers une revue de ses principales héroïnes (la blanchisseuse, la vanneuse, la fileuse, la tisseuse, la coiffeuse...).
De manière naturelle ou à partir d'une pose, Marc Leguay livre avec la même conviction sa vision de la vie quotidienne où l'idée du paradis terrestre est réellement ancrée: luxuriance, joie de vivre et abondance.
Quel que soit le tableau, c'est la même attention du regard, délicatesse du geste, souplesse du corps, quiétude de l'esprit qui sont montrées. Il semble que ce soit la meilleure définition de la beauté de la femme laotienne: « mise en situation », alors seulement se découvre-t-elle toute entière. Il accorde toujours moins d'importance aux actions qu'à l'héroïne. Ce tableau l'illustre clairement. Les femmes et les outils sont détaillés, les couleurs sont nombreuses. Un jeu d'ombres et de lumières précise encore la représentation.
A la réverbération du soleil sur la terrasse, aux ombres ramassées, la scène se passe sûrement à des heures les plus chaudes et lumineuses de la journée. Comme si Marc Leguay voulait communiquer cette sensation de lumière et de chaleur au corps même du spectateur, il insiste, revêtant ses personnages de vêtements aux couleurs vives, leur ajoutant des accessoires outranciers (rouge à lèvres), ciselant à la manière d'un orfèvre les visages.

Francis Benteux, Marc Leguay Le peintre du Laos, Maisonneuve & Larose, 2001

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