Eugène DESHAYES (1828 -1890)
Ecole Française XIXe siècle
Deux Arabes dans les montagnes
Huile sur panneau d'acajou
23 x 55 cm
Signée en bas à droite
"Le père de l'artiste, Adolphe Deshayes, participe au siège de Constantine le 10 octobre 1837 où il est blessé grièvement. Il est muté dans les services de l'Administration à Alger. C'est dans cette ville qu'il se mariera. Son fils Eugène Deshayes naît à l'hôpital de Mustapha, c'est un enfant fragile. Au lycée d'Alger, c'est sans ardeur qu'il étudie; seul le dessin l'intéresse. Il perd ses parents et il est élevé par son frère, jeune médecin à l'hôpital de Douera. A dix-huit ans, il entre à l'Ecole nationale des Beaux Arts d'Alger, alors dirigée par Emile Charles Labbé, peintre paysagiste de l'Ecole de Barbizon. Là, il se lie d'amitié avec un amateur éclairé Charles Jourdan qui possède une magnifique propriété aux environs d'Alger où il va planter son chevalet; il y rencontre Jules Bastien Lepage, venu à Alger pour tenter de rétablir, lui aussi, une santé chancelante. Deshayes obtient une bourse d'études pour Paris en mai 1885. Il partage une chambre des plus modestes, avec le peintre algérien Bertrand, rue de Seine. Aux Beaux-Arts il fréquente l'atelier du peintre Gérôme. Le maître tient l'élève en particulière estime. Aux heures laborieuses, il fréquente le Louvre où il fait des copies. Toujours en contact direct avec la nature, il peint notamment le parc Monceau et Versailles. A son retour à Alger en 1890, la presse lui est aussitôt favorable; il expose rue d'Isly, à la galerie Dru, des toiles de la région parisienne et des environs d'Alger. Chaque année, il expose à Paris au Salon des artistes français. Son atelier de Mustapha-Supérieur est l'ancien ouvroir de Mme Luce Ben Aben. En 1897, il retourne à Paris où il passe deux années, puis il voyage en Bretagne, dans le Midi et en Savoie. Sa technique évolue sous l'influence du peintre métropolitain Tanzi. La contemplation de la mer est à ce point forte qu'il lui arrive de travailler dans un bateau où il étudie toute la faune et la flore méditerranéennes. Les Baléares, où il fait de longs séjours, la côte algérienne, de Bougie à Djidjelli notamment, lui procure le meilleur de ce sujet. Il s'attarde devant la vie prodigieuse des ports et des quais. Rien de plus naturel pour ce peintre friand d'harmonies éclatantes et rares, que d'être attiré par les magnificences du Sud algérien. Jusqu'en 1928, date de sa dernière randonnée, il parcourt les vastitudes sahariennes, accompagnant les caravanes, couchant sous la tente, subsistant, quand il le faut, de galette et d'eau tiède, s'intégrant peu à peu à la vie indigène, étudiant les moeurs et les coutumes, découvrant ce que les voyageurs pressés ne surent jamais découvrir. Le 7 février 1902, Deshayes reçoit pour mission du gouverneur général Révoil de se rendre avec ses pinceaux et sa palette dans le sud oranais. A Saïda, l'artiste se joint à un détachement de la Légion étrangère. Il réunit ainsi une énorme documentation. Avec un lyrisme sagement conduit, il signe ses fameux jardins d'Alger, qui ont leur place dans les plus riches collections du monde. Le Maroc qu'il parcourt, lui propose aussi de bons sujets; il travaille davantage en Tunisie, où le résident général Pichon le charge par deux fois de missions. Les ruines romaines, pour lesquelles il a une prédilection et qui sont nombreuses dans ce pays, tiennent une place importante dans ses cartons. Deshayes expose régulièrement son oeuvre, à Alger, Bône, Oran, Constantine, Tunis, Paris, Arras, Marseille, ainsi qu'en Angleterre, en Allemagne, en Espagne et en Amérique. Comme beaucoup de ses collègues, Eugène Deshayes reçoit d'assez nombreuses commandes officielles. En 1900, il brosse une décoration sur toile pour la grande salle à manger du Palais d'été. La même année, il peint un des quatorze panneaux décoratifs du Pavillon de l'Algérie à l'Exposition universelle. Les sujets sont tirés au sort, Deshayes s'attribue le plus ingrat: Les Phosphates. Sallès, Noailly, Chataud, Sintès, Muller, Antoni, Reynaud et son vieil ami Bertrand se partagent les autres. Il obtient de nombreuses récompenses. En 1923, le contre-amiral Thomine l'accrédite en qualité de peintre du Département de la Marine. En 1935, l'artiste reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Une médaille d'or lui est attribué pour sa participation à l'Exposition internationale de Paris en 1937, où il envoie une vue de Ténès. Le peintre de la mer, le chantre inspiré des pierres millénaires, va, selon son désir, reposer dans le petit cimetière romantique de Tipasa, le 2 septembre 1939. Le 25 avril avril 1941, M. Rozis désireux de perpétuer le souvenir du maître, proposait à son conseil municipal de débaptiser la rue de l'Industrie et de la nommer "rue Eugène Deshayes".
Elisabeth Cazenave, Les artistes de l'Algérie, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, graveurs, 1830-1962, Bernard Giovanangeli Editeur, Association Abd-El-Tif, 2001