Eugène Louis Gabriel ISABEY (1803-1886)
Ecole Française XIXe siècle
Eglise de Saint-Suliac, vers 1830
Sanguine sur papier
14 x 9,5 cm
Signée en bas à droite
Cachet de la vente Isabey en bas à droite
"Fils et élève de Jean Baptiste Isabey, miniaturiste officiel sous l'Empire.
Dans son salon de 1845, Baudelaire le reconnaît comme "un des hommes les plus justemment heureux du mouvement rénovateur". En effet, avec Paul Huet, son ami depuis 1828, il appartient au mouvement romantique de 1830 et rejoint le courant naturaliste par ses qualités picturales qu'il met au service d'une sensibilité délicate, notamment dans ses aquarelles et ses gouaches. Par ses recherches sur la lumière au moyen de la couleur, certaines le révèlent "pré-impressionniste". Il connait le succès d'emblée et obtient une médaille de première classe pour ses premiers envois au Salon de 1824 (marines et paysages). L'année suivante, il se rend en Angleterre et retrouve Delacroix, dont il a fait la connaissance la même année à Dieppe, et Bonington. Il subit alors l'influence des aquarellistes anglais et réalise une quantité d'aquarelles, bien construites et d'une grande fraîcheur.
En 1827, il envoit des vues de Trouville (qu'il révèle avec Mozin et Huet) et d'Honfleur dont il sera un des familiers. A partir de 1851, il passera tous ses étés à Varengeville. La Normandie lui fournit l'essentiel de ses thèmes et comble son goût du pittoresque. Il multiplie les scènes de pêche, les épisodes variés de la vie du port, les tempêtes et les naufrages qui lui permettent de déployer son sens de la mise en scène et du mélodrame. Il voyage en Bretagne et dans le Midi qui l'inspirent. Nommé peintre officiel de la Marine royale, il se rend à Alger en 1830 en tant que dessinateur attaché à l'expédition. Il rapportera six lithographies, une multitude d'études peintes et dessinées d'une touche franche et vibrante, à même de traduire sa vision immédiate, et la matière pour "Souvenir 1832". Il avait exécuté, la veille du départ de la flotte, un dessin Vue prise en rade de Toulon qui fut présenté à Charles X. Il continue à figurer au Salon jusqu'en 1878, année où il participe à l'Exposition universelle avec plusieurs envois, dont certaines scènes d'un registre différent comme La Saint-Barthélemy, ou encore l'Alchimiste qui montrent de riches empâtements et une palette aux tons plus soutenus.
Il s'attaque à de vastes compositions: batailles navales, comme Le Combat de Texel 1694 qui avait figuré au Salon de 1839, et qui est réexposé à l'Exposition universelle de 1855 et lui vaut également de nouveau une première médaille; ou évocations de cérémonies officielles: Prince de Joinville commandant la "Belle Poule" à Saint-Hélène, fait embarquer à son bord le corps de Napoléon pour le ramener en France, Salon 1842, ou bien La Reine Victoria reçoit le Roi Louis Philippe à bord de son yacht royal en rade du Tréport en 1843, Salon 1844.
Il reçoit ses amis et ses élèves dans l'atelier de son hôtel particulier de l'avenue Frochot. Il encourage les jeunes talents et sait se montrer attentif. Ainsi épaule-t-il Jongkind qu'il révèle (ils voyagent ensemble en Normandie en 1850), Hervier et Boudin qui a étudié à ses côtés et auquel le lie une profonde amitié. Isabey fut avant tout un fin coloriste. Sa palette subtile et délicate a excellé dans les gammes de gris. Son dessin précis et franc lui a permis de transcrire une profusion de détails qui ajoutent à la véracité de ses scènes, un charme tout poètique. A la fin de sa vie, il pratique de plus en plus l'aquarelle.
Isabey a beaucoup produit et de nombreux musées conservent ses oeuvres."
Lydia Harambourg, Dictionnaire des peintres paysagistes français au XIXe siècle, Editions Ides et Calandes, Suisse, 1985, p.189