NHI Luong-Xuan


LUONG XUAN NHI (attribué à)
(Né en 1913 à Hanoi)

Cours de dissection
Huile sur toile
65 x 80,5 cm

La réputation de Luong Xuan Nhi n’est plus à faire.
Certes, n’ayant pas vécu en France comme certains de ses homologues qui furent ses prédécesseurs à l’Ecole des Beaux Arts de l’Indochine, tels que Le Pho, Mai Thu ou Vu Cao Dam, il reste plus confidentiel, mais la qualité de ses œuvres le range sans conteste au même niveau.

Profondément francophone et francophile, il démontra tout au long de sa carrière un grand attachement aux valeurs classiques de l’art pictural, restant en cela le digne héritier de ses éminents professeurs que furent Victor Tardieu et Nguyen Nam Son.
A tel point que lorsqu’il est envoyé à Moscou et « obligé » d’adopter le style social réaliste, il le fait avec une distance toujours très sobre, descriptive, plus réaliste que sociale car son cœur ne partage guère ces diktats politiques.

Le tableau présenté ici peut très vraisemblablement lui être attribué et sa datation serait assez tôt: entre 1930 et 1935.

Il est tout à fait intéressant, à maints égards :
- La scène se situe à l’université de médecine de Hanoi, université créée par le gouvernement français en 1902 en parallèle avec celle de pharmacie.
- Les étudiants impeccables dans leur blouse blanche dissèquent des macchabées. On notera leur allure concentrée et sérieuse. Certains sont en cravate et leur coupe de cheveux très « années 30 » est conforme aux photos de l’époque. Il est probable que la scène fut peinte sur le vif.
- Leur posture parfaitement campée, le cadrage très réaliste donnent l’impression d’être présent dans cette salle.
-L’ensemble, malgré le sujet difficile, est harmonieux et les grandes fenêtres ouvertes sur la nature apportent une indéniable touche de couleur et de vie.
L’évocation de cette végétation luxuriante permet à l’artiste de s’exercer au maniement des dégradés de verts dont il sera par la suite un spécialiste. Il sera en effet surnommé « le Maître des verts ».

Comme un écho à cette œuvre, Luong Xuan Nhi publia en 1999, en dépit de son grand âge, un traité d’anatomie (Giai Phan Tao Hinh) destiné aux étudiants de l’école des Beaux Arts. Il s’agissait pour lui de leur rappeler, avec toute la finesse qui le caractérise, la nécessité de revenir aux valeurs fondamentales de l’art pictural.

Corinne de Ménonville

La peinture vietnamienne, une aventure entre tradition et modernité, éditions Arhis