Dorothy Webster HAWKSLEY
(Londres, 1884 – 1970)
Le rêve, 1917
Aquarelle gouachée sur papier West’s
74 x 50 cm
Signée en bas à droite : D HAWKSLEY
Exposition :
Royal Academy, mai 1917
Collection :
Boudin, Neuilly-sur-Seine
Artiste très talentueuse de la première moitié du XXe siècle, Dorothy Webster Hawksley, née en 1884 à Londres, fait ses études à la Royal Academy Schools avant d’enseigner pendant deux ans au King’s College. Elle expose régulièrement aux principaux salons Londoniens et Parisiens : Fine Art Society, Royal Academy, Société des Artistes Français. A cette période de grands foisonnements artistiques, Hawsley reste résolument personnelle. Elle évolue dans un style éclectique fortement influencé par les estampes japonaises et les premiers maîtres italiens. Avant tout aquarelliste, on ne connaît d’elle qu’une seule peinture à l’huile [1]. Hawsley excelle dans cette technique avec des couleurs délicates soigneusement équilibrées, des compositions toujours savamment élaborées et chaque détail minutieusement pensé. Les contours précis, le contraste ombre/lumière réduit à son strict minimum, contribuent à rendre l’atmosphère de ses œuvres très apaisante. L’artiste cherche à émouvoir le spectateur dans ses sujets de prédilection : enfants et femmes avec un intérêt tout particulier pour le rôle de ces dernières dans la société.
Notre aquarelle fait partie des très rares œuvres Hawsley ou figurent des hommes. Reclus à l’arrière plan, ce soldat en uniforme français ne détient cependant pas le rôle principal, il est un élément permettant la compréhension de la scène : une femme implore le Christ de veiller sur son mari parti au front. Il faut associer cette crucifixion aux souffrances de la France en guerre, l’œuvre datant de 1917. L’anachronisme du pantalon garance, remplacé dès 1915 par le bleue horizon, est volontairement utilisé comme moyen d’identification plus immédiat.
Le sentiment palpable de l’aliénation, du désespoir et de la solitude est poussé ici à son paroxysme. Il s’agit évidemment, en pleine période d’horreur, d’un message de paix, de maternité, de désir de vie nouvelle : la végétation pousse alors que tout semble mort.
Même s’ils n’ont pas tous peint pour le Ministère de la Guerre, les peintres anglais ont été particulièrement concernés par la Première Guerre Mondiale. Hawsley y perd un ami cher, son ancien professeur Charles Orchardson. Plusieurs de ses oeuvres exposées à la Royal Academy reprennent ce thème. Le Rêve, présenté en 1917, permettra à l’artiste de faire la connaissance d’une des plus grandes figures intellectuelles de l’époque : Sir Sydney Cockerell ébloui par l’aquarelle [2]. En effet, l’équilibre de la composition, la réduction des couleurs jusqu’à saturation et l’évidente influence de l'estampe japonaise témoignent que l’artiste atteint ici la pleine maturité de son style.
1. Pharaoh’s Daughter, 1918, huile sur toile, 29 x 19 in, coll. Fortunoff, USA
2. The Maas Gallery, Dorothy Hawksley, Londres, 2005, p.8.