Elève de la Pennsylvania Academia de Philadelphie, Robert Wylie vint à Paris en 1863 et compléta son éducation artistique à l’Académie Suisse et auprès d’Antoine-Louis Barye (1795-1875). C’est à la suite d’un récit de voyage alléchant et pittoresque d’Henry Bacon qu’il découvrit Pont-Aven durant l’été 1864. Enchanté par l’endroit, il ne quitta quasiment plus la région jusqu’à la fin de sa vie tout en étant l’un des très rares peintres américains représentés à la célèbre galerie Goupil & Co et habitant l’auberge de Mademoiselle Julia, à côté de laquelle il est aujourd’hui enterré. Il ne quitta la Bretagne qu’à l’occasion des salons parisiens où il reçut une médaille –événement rare et exceptionnel pour un peintre étranger- en 1872. Il attira ainsi une colonie de jeunes américains- parmi lesquels se trouvaient Mary Cassatt (1844-1926), Thomas Eakins (1844-1916)- qui, vingt ans avant Paul Gauguin (1848-1903) et son école, fit de Pont-aven un centre pictural créatif et chaleureux. Fasciné, bien avant les Nabis, par cet exotisme que représentaient alors la Bretagne et ses habitants, Wylie se spécialisa dans l’étude des hommes et peignit de grandes compositions relatant les moeurs et les coutumes de Bretagne.
Notre tableau se situe justement dans ce contexte de création bien qu’il représente une femme seule coiffée selon la mode de Pont-Aven. Mais cette figure solitaire est à rapprocher incontestablement d’une figure représentée dans un tableau de groupe de date antérieure à notre tableau, Une diseuse de bonne aventure en Bretagne1 En effet, le deuxième personnage au second plan qui tient un enfant présente de grande ressemblance avec notre femme. Il ne s’agit pas d’un « type », mais bien de la même personne dont le peintre a laissé percevoir l’individualité. Elle a les mêmes traits longs et fins et quelque peu durs, de plus, elle siège dans le même fauteuil Louis XIII recouvert de cuir de Cordoue, seule sa coiffure change. Il semblerait que Wylie, qui, parlant le Breton, était très bien intégré dans la communauté, ait sollicité les mêmes modèles ou bien qu’il ait réutilisé pour des compositions variées les mêmes motifs. C’est en effet le cas du vase de forme amphorique que l’on retrouve dans les deux tableaux sur la droite, tout comme la statue de la vierge que l’on retrouve comme motif récurrent dans l’œuvre de Wylie, par exemple sur Le Facteur2. Tous ces objets concourent à créer une ambiance loin d’un quelconque misérabilisme paysan mais plutôt proche d’un scène de genre à connotations noble et historique. Ainsi, notre tableau illustre bien l’art de Wylie tout en étant un exemple original plus proche du portrait que de la scène de genre dont il semble pourtant issu.
1 Huile sur toile - 86 x 121 cm - Washington D.C., The Corcoran Gallery, 1872
2 Huile sur toile - 117x 147 cm - Philadelphie, Pennsylvania Academy, 1868, (Peintres Américains en Bretagne 1864-1964, cat.exp., musée de Pont-Aven, 1995, repr. en couleur, n°59 p.71)
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Oeuvre présentée:
"Femme de Pont-Aven, 1876"
Huile sur toile 99 x 74 cm
Signée et datée en bas à droite : R. Wylie . 76
Encadrement d’origine