Peintre de genre et aquafortiste, Lothar von Seebach reçut durant les années 1872-1875, une formation classique auprès de Wilhelm Riefstahl (1827-1888) puis perfectionna ses pratiques en classe de maîtrise auprès du peintre d’histoire Ferdinand Keller (1842-1922) à Karlsruhe. En 1880, il établit à Strasbourg son école de peinture qui, jusqu’à sa fermeture en 1930, fut très renommée autant par les formations dispensées que par les rencontres artistiques qui s’y faisaient. Ses natures mortes furent à l’origine de son succès, cependant ses portraits firent le bonheur de la bonne société strasbourgeoise.
Ainsi, notre tableau daté de 1879 est à situer à un moment charnière de la carrière de Seebach : après sa formation complète et précoce de peintre à Karlsruhe et son arrivée à Strasbourg en 1875. Après des débuts difficiles en Alsace, faute de clientèle en matière de peinture d’histoire, Seebach se spécialisa dans la nature morte et bénéficia ainsi d’une renommée de Bluememohler (« peintre de fleurs »). Notre tableau se réfère au même genre, celui de la nature morte qu’il maîtrisait parfaitement comme nous le montrent le soin apporté à la composition en frise de choux qu’il rend envahissants, l’emploi des camaïeux de verts, le rendu des fourrures des lapins.
Plus particulièrement, on doit mettre en relation notre tableau avec ses premières natures mortes, consacrées au gibier, qui connurent un grand succès auprès des chasseurs alsaciens. La cynégétique était alors très prisée et les grandes chasses étaient l’occasion de grands événements mondains. Le renard de notre composition présente des points communs avec La Nature Morte au Renard1 : ils présentent tous les deux le même museau allongé et les mêmes couleur et texture de fourrure. Ces natures mortes de chasse étaient à tel point louées que Von Seebach fut l’initiateur involontaire d’une mode picturale qui fit tant d’émules qu’il abandonna lui-même ce domaine pour les fleurs.
Fortement appréciés par les commanditaires, ces tableaux trahissent souvent une étonnante mais discrète ironie du fait sans doute que Von Seebach n’était point chasseur. Ainsi, nous pouvons remarquer la mise en scène quasi-humoristique de notre tableau dans laquelle les ruses du renard à l’affût semblent être déjouées par l’abri exubérant des lapins inquiets du premier plan.
Oeuvre présentée:
"Lapins et choux"
Huile sur toile
68 x 150, 5 cm
Signée et datée en bas à droite : L. Von Seebach 1879