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Henri Paul MOTTE
(Paris, 1846 – Paris, 1922)

Le cheval de Troie, 1874
Huile sur toile
96 x 147 cm
Signée en bas à gauche : HENRI MOTTE 74

Exposition :
Salon des Artistes Français, 1874

Provenance :
Washington, Corcoran Gallery of Art / New York, Knoedler

 

 

Elève de Gérôme, Henri Motte se spécialise dans la représentation de scènes historiques avec une prédilection pour l’antiquité. Très tôt, ses envois au Salon sont achetés par les musées français et étrangers. L’extraordinaire César s’ennuie (1880) est ainsi acquis par le musée d’Auxerre, tandis que son Vercingétorix se rendant à César (1) lui vaut une médaille d’argent à l’Exposition Universelle de 1900 ; mais c’est sans doute son Richelieu sur la digue de la Rochelle (1881) qui reste son œuvre la plus connue et la plus diffusée.

Son érudition, son souci d’exactitude qui passe toujours par des recherches très approfondies, font de chacun des tableaux d’Henri Motte un modèle d’illustration qui explique leur présence encore aujourd’hui dans les livres d’histoire.

Notre tableau, son premier envoi au Salon, ne déroge pas à la règle et Motte conçoit ici l’archétype du cheval de Troie. Les commentaires élogieux des critiques puis l’achat de notre toile par la toute jeune Corcoran Gallery of Art de Washington, lancent sa carrière de peintre. Reproduite et diffusée à des milliers d’exemplaires au travers des catalogues du musée américain, l’image de ce cheval de Troie deviendra universelle.

 

« … Un autre tableau, très tranquille aussi dans son unité volontaire, très amusant d’ailleurs comme restitution archéologique, nous est montré par M. Motte. Il s’agit du Cheval de Troie. C’est la bête énorme, haute comme une montagne, dont les ingénieurs grecs, plus charpentiers que sculpteurs, ont construit la rude et menaçantes carcasse. Les Troyens manquèrent de flair en cette occurrence : ils auraient du deviner que ce cheval était une boîte. M. Motte a choisi le moment, où sous la pâle clarté de la nuit qui bleuit les murailles de la ville, les soldats sortent armés des flancs du monstre légendaire. Pour la peinture, M. Motte est élève de M. Gérôme, et son exécution est naturellement peu indigente ; mais on nous assure qu’il est aussi architecte, et, en effet, il a reconstruit Troie avec une précision qui étonnera M. Schliemanu lui-même. Cette architecture, absolument conjecturale, a une sorte de grandeur préhistorique, et comme personne n’est en mesure de contredire les hypothèses de l’artiste, nous ne faisons aucune difficulté de trouver la restitution, sinon vraisemblable, du moins pleine de caractère. Quant au cheval, c’est un gigantesque jouet d’enfant, d’allure gréco-orientale. La construction de cet engin de guerre fait honneur à l’imagination de M. Motte. Le tableau reste intéressant. C’est une peinture de lettré qui éveille le rêve dans l’esprit et qui, comme certaines descriptions carthaginoises de Flaubert, le ramène inquiet vers la grande nuit inconnue. … »

Paul MANTZ, « Le Salon », Le Temps, 3 juin 1874

 

(1)- Musée Crozatier, Le Puy en Velay